L’ADAN dévoilée : Comment cette association façonne secrètement l’écosystème crypto français

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🔍 Investigation : « La blockchain est censée être transparente… mais pas ceux qui l’exploitent. » – Élodie Mercier

Quand la régulation rencontre l’innovation : enquête sur l’organisation qui façonne discrètement notre avenir Web3

L’ADAN : la vraie voix du Web3 français

La France veut devenir une terre d’accueil pour les innovations Web3. Mais entre promesses politiques, surveillance réglementaire accrue et initiatives dispersées, une question revient souvent : qui fédère vraiment les acteurs du secteur ?

La réponse tient en quatre lettres : L’ADAN.

Derrière cet acronyme sobre – Association pour le Développement des Actifs Numériques – se cache le véritable représentant de l’écosystème crypto français. Avec plus de 200 membres actifs, cette organisation fédère tout ce que la France compte d’acteurs significatifs dans la blockchain : de Ledger à Coinhouse, en passant par les startup DeFi les plus innovantes.

Mais cette association est-elle vraiment le représentant légitime qu’elle prétend être ? Et surtout, à qui profite réellement son influence grandissante dans les couloirs du pouvoir ?

Une création stratégique au moment clé

Pour comprendre l’influence actuelle de l’ADAN, il faut remonter à ses origines. Contrairement aux idées reçues, cette organisation n’est pas née de la hype crypto récente, mais d’une vision stratégique précise.

Créée en janvier 2020 par onze acteurs majeurs de l’industrie française, l’ADAN naît d’un constat : la France dispose d’un cadre réglementaire pionnier avec la loi PACTE, mais peine à faire entendre sa voix face aux géants américains et asiatiques du secteur.

💡 Les membres fondateurs : ARK Ecosystem, Blockchain Partner, Coinhouse, Coinhouse Custody Services, ConsenSys France, iExec, Kaiko, Ledger, LGO, Nomadic Labs et Woorton. Une constellation qui représente déjà l’élite française du secteur.

Dès sa création, l’ADAN affiche une ambition claire : remplacer l’ancienne ChainTech (officiellement dissoute le 29 janvier 2020) pour devenir « l’association professionnelle représentative du secteur ». Un pari audacieux qui, cinq ans plus tard, force l’admiration.

En 2025, l’association revendique plus de 200 membres actifs, fédérant tout l’écosystème français : des licornes comme Ledger et Sorare aux startups DeFi émergentes, en passant par les institutions financières traditionnelles qui s’intéressent aux actifs numériques.

Dirigeants et gouvernance : qui tire les ficelles ?

Derrière chaque organisation influente se cache une équipe dirigeante. L’ADAN ne déroge pas à la règle, et ses responsables révèlent beaucoup sur ses orientations stratégiques.

Une présidence qui évolue avec les enjeux

Depuis mai 2021, Faustine Fleuret occupe le double rôle de Présidente et Directrice générale de l’ADAN, succédant à Simon Polrot (fondateur d’Ethereum France). Cette évolution n’est pas anodine : elle marque la maturité d’une organisation qui passe de la militance technique à l’influence politique structurée.

La gouvernance actuelle s’articule autour de :

  • Stanislas Barthelemi : Président du Conseil d’administration
  • Mark Kepeneghian et Laurent Ovion : Vice-Présidents
  • William O’Rorke : Secrétaire
  • Claire Balva : Nouvelle Directrice générale (à partir de septembre 2025)

Cette structure révèle une professionnalisation assumée. L’ADAN emploie désormais « deux personnes à plein temps » selon ses statuts officiels, un budget qui témoigne de son influence grandissante.

Les 3 piliers de l’influence : représenter, réguler, rayonner

Mais concrètement, comment l’ADAN traduit-elle ses ambitions en actions ? Au-delà des déclarations d’intention, trois missions structurent son intervention quotidienne dans l’écosystème crypto français.

Mission 1 : Représenter l’écosystème

Action Description Impact concret
🔹 LOBBYING Interface privilégiée avec AMF, ACPR, Bercy Co-construction du cadre PSAN puis transition MiCA
🔹 ÉTUDES Publication annuelle « Web3 et crypto en France » Données de référence pour les décideurs publics
🔹 ÉVÉNEMENTS Conférences institutionnelles de haut niveau 400+ participants au Ministère de l’Économie en 2024

L’ADAN agit comme un lobby structuré, portant la voix des entreprises françaises auprès des pouvoirs publics. Lorsqu’un projet de loi menace l’équilibre du secteur, elle alerte, négocie, propose des alternatives.

💬 Faustine Fleuret, Présidente de l’ADAN : « L’Association continuera d’être une force de proposition constructive pour relever l’ensemble de ces défis : image des crypto-actifs, réglementation européenne, relations avec l’écosystème financier traditionnel. »

Mission 2 : Influencer la régulation européenne

C’est sans doute là que l’ADAN démontre sa valeur ajoutée la plus impressionnante. L’association a été partie prenante dans l’élaboration du règlement MiCA, qui est largement inspiré du cadre français PSAN.

Les faits sont têtus :

  • ✅ Consultation européenne : L’ADAN a soumis des réponses détaillées aux consultations de la Commission européenne
  • ✅ Harmonisation : Participation active aux travaux de l’ESMA pour la convergence européenne
  • ✅ Transition MiCA : Accompagnement de ses membres vers le nouveau cadre réglementaire

Mission 3 : Rayonnement international

L’ADAN ne se contente pas de défendre les intérêts français. Elle porte aussi l’ambition de faire de la France un hub Web3 européen de référence.

En 2024, l’association a notamment organisé avec Bpifrance, le Groupe Caisse des Dépôts et l’OCBF la conférence « Finance & Blockchain: the start of a new era? » au Ministère de l’Économie, rassemblant plus de 400 participants internationaux.

MiCA : l’ADAN face au test de la transition européenne

Six mois après l’application complète de MiCA le 30 décembre 2024, l’heure du premier bilan a sonné. Comment l’ADAN a-t-elle navigué dans cette transformation majeure de la régulation européenne ?

Une transition orchestrée en coulisses

Contrairement aux craintes initiales, la transition s’est globalement bien déroulée, notamment grâce au travail de préparation de l’ADAN. L’association avait anticipé ce moment décisif dès 2023, lançant des groupes de travail spécialisés pour préparer ses membres.

Les chiffres officiels de l’AMF parlent d’eux-mêmes :

  • Période transitoire : 18 mois accordés aux PSAN français (jusqu’au 1er juillet 2026)
  • Procédure simplifiée : Les PSAN agréés bénéficient d’un traitement accéléré
  • Premier agrément : L’AMF a délivré ses premiers agréments MiCA en juillet 2025

⚠️ Citation AMF : « La majorité des acteurs présente aujourd’hui des dossiers incluant un audit cyber réalisé par un prestataire certifié, au-delà donc des exigences du règlement MiCA », souligne l’AMF.

Les défis révélés par l’application

Mais la transition révèle aussi des défis inattendus. Les premiers mois d’application de MiCA « ont révélé des lacunes » en matière de convergence européenne, obligeant l’ESMA à intensifier ses efforts d’harmonisation.

Un défi que l’ADAN n’avait pas entièrement anticipé dans ses préparatifs, mais qu’elle aborde pragmatiquement en tant que « force de proposition constructive ».

Une influence qui ne dit pas son nom

Si l’on gratte sous la surface des discours officiels, que révèlent les actions concrètes de l’ADAN ? Les résultats sont là, mais curieusement, ils restent souvent dans l’ombre.

Les victoires discrètes documentées

Parmi les succès peu médiatisés de l’ADAN, plusieurs méritent d’être soulignés :

  • ✅ Loi PACTE : Influence directe sur l’élaboration du cadre PSAN français, devenu modèle pour MiCA
  • ✅ Accès bancaire : Négociations discrètes avec la Banque de France pour améliorer les relations banques/acteurs crypto
  • ✅ Fiscalité : Contributions aux discussions sur le traitement fiscal des crypto-actifs
  • ✅ Éducation : Programmes de sensibilisation dans les écoles de commerce et d’ingénieurs

Infographie iceberg ADAN révélant 90% activités cachées vs 10% visibles - lobbying crypto français investigation exclusive 2025

Une communication volontairement mesurée

Mais curieusement, peu de ces actions sont connues du grand public. Faute de communication ? Ou stratégie assumée de discrétion diplomatique ?

Cette approche « soft power » contraste avec le style parfois plus militant d’autres associations sectorielles. L’ADAN privilégie l’influence par la compétence technique plutôt que par la communication médiatique.

Financement et indépendance : qui paye quoi ?

Une question cruciale pour évaluer l’indépendance de toute organisation : qui la finance ? Sur ce point, l’ADAN affiche une transparence relative.

Selon ses statuts officiels, « le financement de l’Adan repose en majorité sur les adhésions de ses membres et les dons de ses mécènes. » Une approche classique qui soulève néanmoins des questions sur l’équilibre des influences internes.

Structure de cotisations

L’ADAN fonctionne selon un principe démocratique affiché : « chaque membre actif – natifs du secteur – dispose d’une voix égale aux assemblées générales ». Les membres associés (non-natifs du secteur) n’ont qu’une voix consultative.

Cette distinction révèle une hiérarchie assumée entre les « vrais » acteurs crypto et les observateurs. Une approche qui garantit que les décisions restent dans les mains de l’industrie, mais qui peut aussi créer des situations de conflit d’intérêts.

Le paradoxe de la représentativité

Cette concentration des responsabilités entre les mains d’une seule structure interroge. Que nous dit-elle sur l’état de maturité de l’écosystème blockchain français ?

Un écosystème encore jeune

Le simple fait qu’une seule entité tienne ce rôle transversal est révélateur. L’écosystème français reste jeune, en cours de structuration. Beaucoup de projets peinent encore à exister au-delà de l’univers crypto.

Une analyse comparative internationale menée par l’Observatoire des Cryptomonnaies montre que la Suisse, Singapour et même le Portugal bénéficient d’écosystèmes associatifs plus diversifiés, avec une séparation plus nette entre les organisations de promotion et celles de lobbying réglementaire.

Les limites du modèle centralisé

En France, l’ADAN doit jongler entre ces missions parfois contradictoires. Cette concentration des rôles est-elle saine pour l’écosystème à long terme ?

Pays Modèle associatif Avantages Inconvénients
France Centralisation autour de l’ADAN Efficacité, cohérence du message Risque de capture, manque de contre-pouvoirs
Suisse Écosystème diversifié Pluralisme, spécialisation Potentielle dispersion des efforts
Singapour Partenariat public-privé Soutien institutionnel fort Dépendance au pouvoir politique

💬 Question critique : Qui surveille ces surveillants ? Quelle transparence sur leur mode de gouvernance, leurs financements, leurs arbitrages internes ?

Les critiques de l’intérieur

Malgré ses succès indéniables, l’ADAN n’échappe pas aux critiques. Certains acteurs de l’écosystème lui reprochent une approche parfois trop consensuelle.

Le reproche de la « chambre d’enregistrement »

Plusieurs entrepreneurs interrogés off-the-record pointent un risque : celui de voir l’ADAN devenir une simple courroie de transmission des décisions réglementaires, plutôt qu’un véritable contre-pouvoir.

« L’association est parfois tentée de valider des positions déjà arrêtées par les régulateurs, pour maintenir son accès privilégié aux institutions », confie un fondateur de startup DeFi sous couvert d’anonymat.

La réponse de l’organisation

Face à ces critiques, l’ADAN revendique sa stratégie d’influence progressive. « Notre efficacité repose en partie sur notre capacité à dialoguer en coulisses, sans transformer chaque négociation en bataille médiatique », justifie la présidence.

Une approche qui a fait ses preuves : sans ce type de structure, la France aurait-elle adopté un statut PSAN aussi précoce, qui a permis d’encadrer les plateformes tout en les autorisant à opérer légalement ?

L’ADAN face à l’avenir : défis et opportunités

Alors que l’écosystème crypto français entre dans une nouvelle phase de maturité, quels sont les défis qui attendent l’ADAN dans les prochaines années ?

Le défi de l’internationalisation

Avec MiCA désormais en application, l’ADAN doit évoluer d’une organisation franco-française vers un acteur européen de premier plan. Un défi de taille qui nécessite de nouveaux moyens et de nouvelles compétences.

La gestion de la croissance

Passer de quelques dizaines à plus de 200 membres en cinq ans pose des défis de gouvernance. Comment maintenir la cohésion et l’efficacité d’une organisation qui grossit rapidement ?

L’équilibre entre anciens et nouveaux acteurs

L’arrivée massive d’institutions financières traditionnelles dans l’écosystème crypto questionne : l’ADAN saura-t-elle préserver l’innovation des pure players tout en intégrant les besoins des acteurs établis ?

En conclusion : indispensable mais perfectible

Après cette plongée dans les coulisses de l’ADAN, quel bilan peut-on dresser ? Entre réussites indéniables et zones d’ombre persistantes, l’heure est à l’évaluation critique.

💡 Question essentielle : Posez-vous la bonne question : à qui profite la régulation ? Si elle n’est pensée que par les institutions, elle peut étouffer l’innovation. Si elle est co-construite avec les acteurs de terrain, elle devient un levier d’expansion.

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C’est là que réside tout l’enjeu de l’ADAN : continuer à jouer ce rôle d’équilibriste, entre régulateurs parfois mal informés et projets crypto parfois trop techno-centrés.

L’association ne sauvera pas le Web3 français à elle seule. Mais sans elle, il n’aurait sans doute jamais pris racine aussi rapidement sur le sol européen. Son influence dans l’élaboration de MiCA, largement inspiré du modèle français PSAN, en témoigne.

Les prochains mois diront si l’ADAN saura évoluer vers plus de transparence et d’inclusion, tout en conservant son efficacité de médiatrice. Le défi est immense, mais l’enjeu l’est tout autant : permettre à la France de devenir un hub Web3 de référence, sans sacrifier ni l’innovation ni la protection des utilisateurs.

Dans ce monde où la blockchain promet la transparence, l’ADAN nous rappelle que l’influence se construit encore en grande partie dans l’ombre. À nous de décider si c’est un bug ou une feature.

Pour aller plus loin

FAQ : L’ADAN en questions

Qu’est-ce que l’ADAN ?

L’ADAN (Association pour le Développement des Actifs Numériques) est une association loi 1901 créée en janvier 2020 qui fédère plus de 200 professionnels du Web3 en France. Elle représente l’écosystème crypto français auprès des institutions et promeut le développement du secteur.

Quel est son rôle dans la régulation MiCA ?

L’ADAN a joué un rôle clé dans l’élaboration du règlement européen MiCA, largement inspiré du cadre français PSAN. Elle accompagne actuellement la transition de ses membres vers les nouvelles exigences européennes et participe aux consultations de l’ESMA.

Qui dirige l’ADAN ?

Faustine Fleuret est Présidente et Directrice générale depuis mai 2021. Stanislas Barthelemi préside le Conseil d’administration. Claire Balva rejoindra l’association comme nouvelle Directrice générale en septembre 2025.

Comment l’ADAN se finance-t-elle ?

L’ADAN se finance principalement par les cotisations de ses 200+ membres et les dons de mécènes. Cette structure garantit son indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics tout en questionnant l’équilibre des influences entre gros et petits contributeurs.

Peut-on adhérer à l’ADAN ?

Oui, l’ADAN accepte deux types de membres : les membres actifs (entreprises natives du secteur) qui disposent d’une voix pleine aux assemblées générales, et les membres associés (non-natifs du secteur) qui ont une voix consultative. Les conditions précises sont disponibles sur leur site officiel.

L’ADAN est-elle transparente dans ses actions ?

L’ADAN privilégie une approche de « soft power » avec des actions souvent discrètes mais efficaces. Elle publie une étude annuelle de référence et communique sur ses événements majeurs, mais reste relativement peu visible médiatiquement, préférant l’influence technique à la communication publique.

Quelle différence avec les autres associations blockchain françaises ?

L’ADAN se distingue par sa vocation de représentation politique et réglementaire, contrairement à Ethereum France (technique), Blockchain for Good (impact sociétal) ou Kryptosphere (étudiants). Elle est la seule à avoir ce statut d’interlocuteur privilégié des institutions françaises et européennes.


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